samedi 16 mai 2009

Il pleut. Quand ça s'arrête l'air a la consistance de l'eau de mer, fraîche et odorante.
On se meut.

jeudi 14 mai 2009

Le soleil a la taille d'un pied humain

Je me suis arrêtée plusieurs fois dans la lecture, et j'ai regardé le large plafond avec un certain sentiment de bonheur. Et la sorte de faux plafond qui y était suspendu à bonne distance.
Généralement quand on vit, on ne fait pas tellement attention à la grandeur des choses, ou plutôt, banalité que de le dire, tout est à la bonne taille. Même quand on va dans un endroit qui n'est pas fait à notre main, l'oeil fait sa propre mesure. Les statues monumentales se penchent vers nous, les immeubles ont des étages, les arbres ont des branches ; et plus encore que toutes ces manières de fractionner, de redimensionner, le dehors rentre de soi-même dans notre oeil ; n'a jamais que la taille que notre oeil, et tout le corps derrière veulent bien leur donner. La foule, la mer, les horizons divers ; il faut un effort pour rendre les dimensions inhabituelles.
Parfois, l'usage se décolle de la rétine. Par manque d'habitude, l'oeil devient trop petit, et il en est bien content.

vendredi 6 février 2009

Les jours rallongent




mardi 3 février 2009

Effets de distance, 2

De la lassitude qui gagne, les gestes plus saccadés ; février de nouveau. Au fur et à mesure qu'on avance, regarder encore ; mesurer les répits à l'aune des épaules qui se crispent ; gagner à regarder en étant dans la masse, mais c'est une autre distance qui opère. Les yeux qui ne se fixent pas sur les mêmes choses, et les gens, partout.

mercredi 21 janvier 2009

Effets de distance

Il y a trois pouces de neige à Durham. J'en ai été avertie par la météo que mon ordinateur m'annonce toujours pour Durham (et pour Paris, bien sûr, avec un étrange décalage horaire que je n'arrive pas à régler, comme pour ce blog), et par les statuts et photos qui arrivent progressivement sur facebook (c'est un événement). Ce n'est pas l'humidité tropicale ou les souvenirs d'orage, ou la chaleur d'août, ou le froid sec et beau ; ce n'est pas le contraste qui m'intrigue ; c'est le fait de n'avoir jamais vu ça, c'est l'idée même de cet endroit familier non familier, et l'envie de voir ça, de compléter l'image (et de me rouler dans la neige, mais pourquoi là plutôt qu'ailleurs : pour savoir ce que c'est que cette possibilité du lieu : ce que donne la qualité "neigeux", sur le campus et sur le centre et sur les fabriques et sur el kilombo et sur les enfants d'el kilombo et sur swift et sur le sol les différents endroits du campus l'autoroute les gens).
Je crois qu'il y a là quelque chose de la distance : continuer à penser connaître un lieu, le considérer comme un chez soi, un ex-chez soi, mais le chez soi de fait prédomine sur le ex ; alors que tout y change, les gens ne sont plus les mêmes et on s'aperçoit qu'on en a eu qu'un fragment. Je retrouve face à moi-même le sentiment éprouvé face à des proches expatriés : ce sentiment d'une familiarité qu'on qualifierait méchamment de désuète ; une adaptation temporelle non homogène plutôt ; la volonté de se tenir à jour ; plus exactement l'impression volontariste de l'être ; l'obsession du manque.
Tout cela dépend probablement des liens et des retours ; de la durée et de la perspective de la durée ; probablement j'ai eu ce décalage à l'envers l'an dernier sans m'en apercevoir, mais mon répertoire d'impressions et d'imagination français m'a maintenue dans le sentiment de familiarité, au moins, un peu de familiarité réelle sans doute aussi. Mais à l'endroit de cet endroit où je suis attachée par sa position géographique, la neige m'indique la distance.

lundi 12 janvier 2009

Echange de représentations contiguës

L'autre jour me voilà à manger un sandwich, assise dans le fond d'une sandwicherie peuplée d'étudiants, donc, et à côté de moi qui fais comme si je lisais en mangeant, au lieu d'écouter et de regarder en mangeant comme je le fais en vrai, deux jeunes filles. Visiblement ce sont des amies, disons des amies de lycée, ou de prépa, ou d'un moment où elle faisait les mêmes choses, et c'était assez tôt, et après leurs parcours ont bifurqués. Les voilà qui se racontent des choses, et même plein de choses, car visiblement il est question d'Erasmus, en Espagne, à Londres, en Espagne. Ecole de commerce, fac, un long temps de nouvelles. C'est très étonnant car elles juxtaposent aux propos de l'autre les leurs, avec toute la spontanéité du monde.
"C'est comme moi, dit l'une, j'avais choisi l'Espagne, mais je savais que je pourrais repartir alors ce n'était pas grave si je n'étais pas à Madrid ou Barcelone, vu que l'année d'après je pouvais aller à Londres, et d'ailleurs je suis allée à Londres" ; "Madrid c'était bien, j'ai passé une super année, j'ai rencontré plein de gens de plein de nationalités, j'en ai vraiment profité", dit l'autre ; "A Londres j'avais peur de me traîner cette fille, un boulet associal, mais heureusement elle s'est trouvé un groupe de gens, au début je me sentais obligée de l'inviter, mais en fait elle refusait" ; "C'est le problème quand tu pars avec des gens que tu connais, j'étais contente de partir comme ça seule" ; "D'ailleurs chez nous tout le monde part une ou deux fois à l'étranger, c'est vraiment bien" ; "oui moi je n'ai en fait fait que la fin du master en France" ; "oui j'ai en fait passé la plus grande partie de ma scolarité à l'étranger".
C'était à la fois familier et étonnant, très étonnant, car dans ces récits, tout tournait autour du même thème, mais rien ne se croisait, ou encore rien ne se rencontrait, ou ça se rencontrait sans se croiser, pas de deuxième personne, que des échos, des confrontations, des aunes ; pas de terrain tiers, de demande directe, de demande d'avis ; récits de première personne alternés ; que ce fût manque de familiarité, besoin de réapprivoiser une réalité autre perdue de vue, ou simplement usure de la capacité à parler et trop plein de désir de parler.

Camionnettes

Ces jours-ci de petites bennes tournent dans Paris remplies de sapins usagés (verts) ; sans aucune portée symbolique, c'est très plaisant.