vendredi 18 juillet 2008

Tout est plein de gens

Plein de bras. Il y en a un qui est totalement autonome de son propriétaire (je ne devrais pas dire son propriétaire, justement le corps n'est pas une propriété, on va dire du type au bout du bras). A 19h30 le métro est un gros amas de bras qui tentent de s'accrocher à quelque chose, typiquement à la barre du milieu, la barre verticale qui dans certains trains se dédouble en plusieurs branches, favorisant la prise par plus de personnes. Evidemment, l'enjeu est d'agripper un morceau de métal encore vide et si possible qui paraît assez propre (imaginaire des germes poisseux) et pas trop tiède. Dans la lumière artificielle du métro souterrain, je le trouve au centre - pas trop loin du centre - de ces petites mains qui se disposent selon la taille de l'usager, la longueur de ses membres, son aspiration à aller vers un air plus ou moins frais, en bas, en haut, sur le côté. Le bras autonome de son porteur est assez haut, de belle taille, peau mate, poing quasi fermé qui tient fermement la barre, il forme une diagonale qui part de mon oeil gauche jusqu'à 2o centimètres au-dessus de ma tête. Il ressemble à une affiche de poing levé - pourquoi pas dans le métro, pourquoi pas au milieu d'autres bras chétifs et résignés, sorte de force évidente se faisant connaître d'elle-même.
A un moment j'arrive à me retourner, je vois l'homme au bout du bras, il n'a rien à voir, précisément parce qu'il est au bout. Ensuite j'essaie de retrouver ce bras seul, mais rien à faire, il est revenu à son propriétaire, il a quitté la communauté des bras.

Un peu plus loin, dans le RER, le manteau bleu vif d'une jeune femme attire l'oeil - le train est maintenant en surface - ; une autre écoute de la musique d'un air mélancolique.

0 commentaires: