Il y a dans le RER un accordéoniste que je vois souvent. Je le vois souvent et depuis des années, le roulement des gens qui circulent dans le métro ne l'affecte pas ; il n'a pas de sono, et il n'a pas de boniment, et il ne joue même pas très longtemps, mais les gens lui donnent de l'argent, je pense que c'est parce qu'il est toujours là et toujours le même et qu'il est certes pas français mais qu'il présente bien, il présente comme on imaginerait un joueur d'accordéon à un bal musette, mais en roumain. Ou plutôt non, il présente propre mais pas apprêté, avec une casquette et un blouson de cuir solide et un pull sans manche avec un col en V en dessous, et il présente indépendant et toujours là. Il présente je suis un musicien qui fais mon travail, je ne suis ni un saltimbanque ni un mendiant, je joue dans le train et je pourrais composter vos tickets, ou je pourrais avoir une autre entreprise tranquille et familiale, je ne suis pas aux abois. Le dimanche je m'arrête de travailler et je bois un café et personne ne m'emmerde, et quand je serai plus vieux encore peut-être j'arrêterai le métro et l'accordéon la vie en rose otchi tchiornyé, ou pas. Il présente comme ça, et les gens lui donnent toujours de l'argent et lui sourient souvent.
Après quelques temps loin je suis revenue dans le RER B, et il était toujours là, et j'ai remarqué pour la première fois qu'il avait vielli (misères du retour), non pas aux marques du visage ou au pas incertain, mais parce que son visage avait comme une incertitude plus grande des traits, comme s'il avait légèrement fondu. Un jeune chien - un pékinois - aboyait plus ou moins en rythme des genoux de sa maîtresse, l'accordéoniste le saluait et les gens autour riaient en disant : il chante, il chante.
Après quelques temps loin je suis revenue dans le RER B, et il était toujours là, et j'ai remarqué pour la première fois qu'il avait vielli (misères du retour), non pas aux marques du visage ou au pas incertain, mais parce que son visage avait comme une incertitude plus grande des traits, comme s'il avait légèrement fondu. Un jeune chien - un pékinois - aboyait plus ou moins en rythme des genoux de sa maîtresse, l'accordéoniste le saluait et les gens autour riaient en disant : il chante, il chante.
1 commentaires:
Je vois très bien lequel c'est. Ca fait longtemps que je ne l'ai pas vu. Au plaisir...
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