Dans le métro de nouveau, fin de soirée, mais pas encore la toute fin, de sorte qu'il y a de la place dans la rame très moderne et très éclairée, une fille, une jeune adulte, avec son père et une grosse valise violette - ça sent le retour pour les vacances à plein nez. Je n'entends pas très bien ce dont il est question, mais je reconnais l'expression de la fille qui s'énerve devant son père comme on ne s'énerve que devant ses parents - toujours trop lents, jamais assez justes, toujours manquants à la compréhension totale que leurs vieux adolescents requièrent d'eux. Elle a une expression qui m'insupporte particulièrement, alors qu'elle déploie ses griefs à l'oreille de son père - placide -, et qu'elle tente de lui expliquer de sa vie tout ce qu'il n'a pas suffisamment et justement compris : elle retrousse sa lèvre supérieure, dans une expression que j'ai d'abord de la peine à qualifier. Au bout d'un moment, c'est la tête qu'elle devait avoir à huit ans qui m'apparaît très nettement, avec cette moue de lèvre supérieure qui disparaît dans la volonté un peu butée de se faire comprendre, et d'un coup, un peu bêtement, je la trouve presque émouvante.
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