Brumes matinales ; une dizaine de personnes seulement tournent sur la patinoire en plein air de R., dans le son du haut parleur de noël et l'odeur des poneys tout proches, et le goût du froid artificiel - je tente d'isoler, dans la sensation générale de froid de ce matin, les deux textures différentes : le froid de la patinoire de l'autre côté de la rambarde et le froid de l'océan - ça marche plus ou moins.
Les patineurs sont malhabiles - un enfant ne cesse de rebondir sur la glace - tombe sur les fesses et rebondit sur le ventre - rampe-glisse jusqu'à la barrière où il se relève, et recommence et retombe et rebondit. A part son père - flexions de jambes de skieur -, les autres, adolescents et jeunes adultes, font soigneusement le tour de la piste, pieds trop hauts, tordant le buste, étendant le bras, tentant de maintenir leur équilibre par à-coups. De dehors, c'est très caractéristique, ce défaut de la bonne posture, celle qui permettrait de durer - il y a quelque chose d'un peu triste dans la raideur des membres, dans cette absence de naturel, cette prévention constante de la chute. De dedans, très certainement, c'est différent : un autre tour accompli, être encore là, un rêve d'une aisance à venir, un progrès minuscule que, de là où je suis, je ne peux pas voir.
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