samedi 10 décembre 2011

Grandir

Et voilà que dans le 62 montent deux pré-adolescents - deux très jeunes collégiens, pour le dire autrement -, avec trottinettes, qui se calent dans l'espace dédié au repli des portes. Depuis le carré qui leur fait face, une dame interpelle l'un des deux, lui dit bonjour. Le garçon ne répond pas vraiment. Il répond au minimum, il hoche vaguement la tête, il essaie d'éviter de parler avec cette dame, comme s'il lui fallait sauvegarder cette sorte de petite communauté qu'il constitue avec son copain et ne surtout pas se montrer en train de répondre, de s'engager dans la conversation avec la dame qui lui parle, et qui maintenant lui demande des nouvelles de sa maman. La dame, elle, ne se décourage pas et elle continue à lui parler avec une sorte de grande bienveillance de quelqu'un qui sait que les pré-adolescents ont des comportements sociaux bien à eux. Je me dis, parce que ça me paraît le plus probable, le plus évident, ça doit être la dame qui l'a gardé quand il était petit, et qu'il ne veut pas reconnaître, parce que ça contreviendrait à son image de jeune homme traversant Paris en trottinette dans le bus à des heures du soir, et ça me donne des envies de hurler, mais visiblement ça n'entame pas la bienveillance de la dame en question, et, je me dis, c'est sans doute elle qui a raison, parce qu'il faut bien que la vie se passe, et la pré-adolescence avec elle.

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